Notes pour juin 2008
… j’ai plutôt tendance à vanter des intérieurs éclectiques, qui osent la couleur ou tout au moins des mélanges audacieux de mobilier… bref à l’opposé des appartements beiges/blancs/marrons, souvent qualifiés de « minimalistes » qui semblent le summum du « design » (sic) à beaucoup de personnes (…investment bankers, cadres dynamiques en tête)… je suis en général vraiment pas fan de ce faux « luxe discret » assez fadasse. Et pourtant, aussi paradoxal que cela peut paraître, le minimalisme ne me lasse jamais quand il est brillamment exécuté…
Je feuilletais ainsi une revue sans grand enthousiasme, et je me suis pourtant arrêté sur la pureté d’un appartement aménagé dans un château anglais… et comme souvent, celui-ci avait été conçu par l’architecte John Pawson… John Pawson, c’est la référence du minimalisme, l’équivalent en archi de ce que pouvait être Calvin Klein (dont il a d’ailleurs réalisé de nombreuses boutiques) en mode…
A la fin des années 90, on était quand même bien content de dire au revoir au minimalisme… et pourtant, John Pawson n’a nullement changé son style tout simplement parce que son travail plait encore et c’est justement là son génie - on a vu qu’il était génial quand son style n’était plus autant à la mode…
On aurait tort de dire que le minimalisme, c’est juste du vide et du blanc… car ça serait nier le jeu sur l’architecture qui permet de dynamiser l’espace… Pawson, c’est un jeu de volumes, de pleins, de vides, de décrochements qui ne cesse d’étonner… Il y a quelque chose de l’ordre du sublime dans son travail… Quand on parle minimalisme, il n’y a plus à proprement parler de décoration… C’est l’architecture qui fait toute la décoration…
Je trouve que devant une réalisation de Pawson, on ressent la même émotion forte que devant un paysage très sec comme un désert ou des landes écossaises – c’est assez glacial, mais il y a quelque chose de grandiose qui élève…
Sonnez hautbois, résonnez musettes – pour la première fois de ma vie, et après moults essais infructueux (pour un étui à chewing-gum Hermès, des colonnes Guy de Rougemont, un Sophie Calle…), j’ai enfin remporté un lot aux enchères (vente Massol du 16 Juin) !!!
Fier comme Artaban que je suis – le lot en question est une petite Commode de Suzanne Guiguichon, une designer trop méconnue des années 30 à 50 … Installée à son compte en 1930, elle réalise entre autres la chambre de P Auriol au château de Rambouillet, le bureau du maire à la mairie du VIème arrondissement et participe à de nombreuses expositions dont l’exposition internationale de 1937 où elle obtient le grand prix d’honneur.
Ce qui m’a vraiment charmé dans ce petit meuble, ce sont ses proportions inattendues : seulement 58 cm de haut et un mètre de long. Elle remplacera habilement ma petite table Ikea dont la présence dans ma chambre n’était que tolérée…
De plus le meuble utilise des matériaux raffinés (placage de sycomore et d’ébène, poignets en verre), mais la forme reste très simple et masculine… d’ailleurs je ne sais même pas si elle date des années 30, 40 ou 50 et je serais bien incapable de le dire…
…je suis déjà en train de méditer sur les chaises qui pourraient lui tenir compagnie… peut être Haute Epoque…
Je l’ai ramenée aujourd’hui chez moi et j’avoue que j’étais excité comme un fou à la voir si mignonne – un pied est malheureusement décollé mais ça sera vite réparé si je me motive…
Je passerai volontiers mon WE à la regarder si je ne partais pas en Bretagne pour le vernissage de Giuseppe Gabellone au Domaine de Kerguéhennec… je vous raconte cela lundi !
… ce qui est dur quand on souhaite acheter du mobilier c’est vraiment de trouver des pièces qui pourront resservir dans des contextes différents… j’ai le grand malheur de toujours craquer pour des meubles énormes que j’aurai immanquablement du mal à recaser si je déménage… Mais toutefois, un type de meuble échappe à cette fatalité : les tabourets : je m’étonne que tout le monde n’ait pas au moins une paire de tabourets chez soi !
C’est par excellence le meuble recasable à loisir : sièges d’appoint autour de la table basse, tables de nuit dans une chambre, ou bouts de lit placés côte à côte…
Et le tabouret est vraiment un des rares meubles d’appoint qu’on retrouve à toutes les époques : de la Haute Epoque, au contemporain… Quelques exemples ci-contre…
Avec tout ce que l’affaire comporte de pathétique, je dois quand même avouer que le premier jour des soldes me donne à chaque fois une poussée d’adrénaline qui me fait arpenter Paris pendant plusieurs heures… peu importe qu’en définitive j’achète toujours très peu, j’aime cette quête de la bonne pièce au bon prix… J’en parlais hier avec B, une collègue, qui, elle me disait, avoir envie de s’acheter du linge de lit… elle me vantait les mérites du linge de lit Muji et Descamps, ce qui m’a entrainé dans des abîmes de réflexion sur l’opportunité d’acheter du linge de lit haut de gamme…
Je n’ai jamais acheté que du linge de lit Tex (… pas d’ironie là dedans – Tex, marque créée par Carrefour produit du très bon linge de lit blanc à des prix très raisonnables)… mais il est vrai que j’ai déjà été au bord d’acheter une parure de lit de chez Frette… La première fois, à Londres en 2002, j’y ai renoncé car Frette ne vendait pas de draps housses et je sentais bien que je n’étais pas homme à me servir d’un drap plat comme drap de dessous… la deuxième fois en janvier dernier, j’y ai renoncé car je me suis dit que vu mes talents en matière de repassage, Frette et Tex, c’était kif-kif après 10 lavages…
Et pourtant, j’avoue fantasmer de temps à autre (… seulement de temps à autre, j’ai d’autres fantasmes que le linge de lit je vous rassure…) sur le linge de lit haut de gamme… Frette, mais aussi Porthault (pour l’étrangeté désuète de ses motifs… et toute son histoire, dont le fait qu’ils aient créé toutes les nappes des fêtes de Persépolis en 1971…), et surtout Olatz…
La délicieuse femme du peintre/réalisateur Julian Schnabel a en effet récemment créé une ligne de linge de lit/maison/Vêtements d’intérieur toute simple et raffinée qui a attiré mon attention. Des formes classiques mais des couleurs vives ce qui change des habituels pastels dévolus au linge de lit… Le plus drôle est que Julian Schnabel apprécie tellement les pyjamas créés par sa femme qu’il les porte à toute occasion… Malheureusement, la ligne n’est pas encore distribuée à Paris…
… tout cela m’amène d’autant plus à m’interroger : en ne m’adonnant pas au linge de lit haut de gamme, ne suis-je pas en train de rater un des plaisirs sensuels de la décoration ?… Qu’en pensez-vous ?…



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