… rentré à pied hier après un dîner très agréable sur la terrasse de l’hôtel Amour… Et de nouveau passé devant feu le Palace, rue du Faubourg Montmartre… Je reste fasciné par l’endroit, d’autant plus que je n’y ai jamais pénétré… Un jour sans doute l’endroit finira par être repris et j’espère que je pourrai jeter un œil avant la rénovation… Car c’est bien un des rares endroits du Paris nocturne des années 50 aux 70 qui n’a pas été entièrement remanié…
S’il y a bien quelque chose de particulièrement séduisant dans la décoration d’endroits de nuit, de restaurants ou de boutiques, c’est cette périssabilité rapide… Peu d’endroits résistent plus de 10 ans, et c’est toute la physionomie des rues d’une ville qui change régulièrement… Qui peut imaginer Saint Germain envahi de restaurants aux couleurs pop, ou de boutiques hippies comme c’était le cas vers 1970 ?… Et pourtant une rue comme la rue Saint-Benoît était un haut lieu de la mode et de la vie nocturne des années 40 à 70…
La particularité des décos de commerces (restaurants, boutiques ou boîtes de nuit) est qu’en général, leur déco est créée in extenso et totalement dans la tendance du moment, d’où leur rapide obsolescence… Pourtant, si beaucoup sont des travaux sans intérêt, certains auraient pu être conservés…
Et nous revoilà au Palace, ou plutôt au Privilège, le restaurant ouvert en 1980 au sous-sol de la célèbre boîte de nuit (deux ans après l’ouverture de celle-ci) dont le mobilier était parmi les premières créations de Elisabeth Garouste et Mattia Bonetti, et le plafond était peint de fresques par Gérard Garouste… Le décor néo-baroque tranchait donc franchement par rapport au design des années 70, mais aussi par rapport au design high-tech naissant alors (Philippe Starck aux Bains…)…
Or dans le AD de Mai 2008, les architectes d’intérieur Daniel Suduca et Thierry Merillou (installés à Toulouse) dévoilent leur merveilleux appartement où trône… une chaise de Garouste&Bonetti, époque Palace !… En soi, la chaise est jolie mais c’est surtout en tant que relique d’un monde disparu qu’elle me fascine… J’avais déjà dit que pour moi, les signatures, les provenances comptent car c’est comme si le mobilier se mettait à dialoguer, et à raconter tout ce qu’il a vu (en l’occurrence peut-être les fesses de YSL qui était un habitué)… J’aime les histoires plus que la technique…
… Rebondissement : un ensemble de 6 chaises du Privilège est en vente le 18 Juin chez Artcurial ! J’hésite à enchérir mais je manque de place pour caser 6 chaises – et de plus elles sont moins belles que celle de AD (couleur différente…)
Car ça n’est pas la première fois que je tente d’acquérir une « relique de la vie nocturne »… j’avais déjà essayé d’enchérir chez Sotheby’s sur le mobilier du restaurant Pharmacy créé par l’artiste anglais superstar Damien Hirst en 1997 (et fermé en 2003). Les estimations très basses m’avaient appâté mais elles avaient été souvent multipliées par… 10…
Que faire donc ?… Ne pas craquer ?… Et attendre le démantèlement du Regine’s ou de Castel ?… Je suis perplexe…


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